L'illettrisme, ça se soigne

L'illettrisme, ça se soigne
L'illettrisme est un problème majeur de la société française, frappant, à des degrés divers, plusieurs centaines de milliers de personnes. Le Dr Gisèle Gelbert présente ici une approche originale de ce mal énigmatique. Cette neurologue, qui publie Lire, c'est aussi écrire (Odile Jacob), explique qu'un certain nombre de malades de la lecture souffrent d'un trouble du fonctionnement cérébral proche de l'aphasie. Un désordre qui toucherait des dizaines de milliers de personnes et que l'on peut dépister et guérir

Qu'apportez-vous de nouveau pour lutter contre ce fléau social?

J'apporte une réponse différente, fondée sur mon travail avec les malades aphasiques, ces adultes qui, après un accident vasculaire cérébral, présentent des troubles touchant la parole, la compréhension, la lecture et l'écriture. Je m'adresse aux jeunes pour qui toutes les démarches classiques d'apprentissage et d'aide ont échoué, orthophonie et psychothérapie. A ceux-là, moi, je donne accès au monde de l'écrit. Leurs troubles sont variés, et parfois très déroutants. Certains peuvent épeler un texte et se révéler incapables de lire une syllabe. D'autres ignorent l'écriture. Ils inventent parfois des sortes de graphismes, ou ils écrivent de longues guirlandes, semblables à celles des petits de maternelle. D'autres encore ne peuvent pas donner de sens au mot qu'ils lisent ou entendent, alors qu'ils peuvent l'épeler ou l'écrire sous la dictée.

En quoi une neurologue telle que vous peut-elle les aider?

J'ai d'abord fait des études de lettres et de linguistique. Puis j'ai travaillé comme orthophoniste. Enfin, j'ai décidé de faire médecine, de devenir neurologue pour mieux comprendre ce qui se passe dans notre cerveau. Spécialisée dans la rééducation des aphasiques, je me suis démarquée des méthodes habituelles, vu ma formation, en appliquant à cette pathologie une approche linguistique, à partir de la théorie de Gustave Guillaume. Cela m'a permis de représenter, de mettre en forme le fonctionnement normal du langage et, à partir de là, de comprendre les troubles dont souffrent les aphasiques et de trouver les moyens de les aider. Soigner reste mon but premier.

Pourquoi appliquer cette méthode à des enfants illettrés?

J'ai commencé un peu par hasard, grâce à une pédopsychiatre, le Dr Caroline Eliacheff, qui m'a envoyé, il y a plus de dix ans, un garçon de 11 ans, Simon, avec qui tout avait été essayé. J'ai élaboré avec lui des exercices pour restaurer son fonctionnement linguistique. En arrivant, Simon ne lisait pas du tout. Il ne faisait qu'épeler. Il ânonnait «s-a-v-o-n», pas «savon». Au bout de 30 séances, il savait déchiffrer; 30 séances plus tard, il lisait tout à fait bien.

Quelle est l'origine des désordres dont souffrent ces jeunes?

Ces enfants ont des troubles de type aphasique. La plupart du temps, ils ne présentent aucune lésion cérébrale visible. Mais, chez eux, la zone du langage ne s'est pas mise en route de façon satisfaisante au niveau des réseaux neuronaux, des neurotransmetteurs. Il en résulte des troubles structurels profonds.

Comment les soigner au plus profond de leur cerveau?

En rétablissant les circuits, les passages entre les différentes étapes du fonctionnement linguistique. Pour cela, j'ai mis au point des exercices à la fois très simples et extrêmement précis, adaptés à chaque cas. Par exemple, je demande aux enfants qui écrivent en guirlande de copier des mots sur un segment de droite bien délimité. Dans d'autres cas, j'utilise l'exercice du ping-pong, où l'enfant et moi frappons alternativement avec un stylo pour rythmer les syllabes...

Les résultats que vous obtenez sont-ils durables?

Ce qui est acquis reste acquis, même si l'on interrompt momentanément le travail. Il reste parfois une fragilité, mais tous peuvent se débrouiller dans notre monde moderne. L'un d'eux, qui a maintenant 20 ans, lit Maupassant pour son plaisir. Je l'ai connu, à 8 ans, incapable de lire une ligne. Je voudrais travailler en phase avec l'Education nationale, car aujourd'hui encore les parents doivent se battre pour avoir accès à des approches non classiques. Nous pourrions aussi éviter des erreurs d'orientation pour certains enfants de CP envoyés à tort vers des établissements spécialisés: pour ceux-là le problème n'est pas de nature pédagogique, mais médicale. Or on peut les guérir.

Gisèle Gelbert
propos recueillis par Sylvie O'Dy
L'Express du 29/01/1998

# Posté le samedi 16 juin 2007 08:48

Modifié le vendredi 21 septembre 2007 16:06

LIRE, C'EST VIVRE.

LIRE, C'EST VIVRE.
"Comprendre et traiter les troubles de la parole de la lecture et de l'écriture" par le Docteur Gisèle GELBERT. Editions Odile Jacob. Collection OPUS.
Ils ont entre 9 et 90 ans et, bien qu'ayant été scolarisés, ils ne savent ni lire ni écrire. Parfois même leurs lèvres articulent des mots qu'ils ne comprennent pas.
Pourtant aucun accident n'a endommagé leur esprit.
Leur souffrance est ailleurs : ils sont malades du langage.
Pour délivrer ces hommes, ces femmes et ces enfants enfermés dans une forteresse du silence, Gisèle Gelbert, neurologue et aphasiologue, a mis au point une théorie dont elle enseigne la pratique avec la précision d'un art martial.
Elle nous convie à participer avec elle à son travail thérapeutique.
Le sujet est difficile : qui pourrait imaginer que des troubles touchant des fonctions aussi complexes que le langage écrit ou oral trouvent une explication simple ?
Le livre est donc difficile. Mais lorsqu'un chercheur s'exprime avec passion, logique et rigueur sur un sujet aussi passionnant, l'effort pour le suivre est mille fois récompensé.
En raison même de leur dynamisme, ces recherches sont loin d'être achevées, mais il est temps qu'elles soient portées à la connaissance du public et des spécialistes.
Le moment est venu pour que Gisèle Gelbert fasse école.

Certes, cet ouvrage ne concerne pas directement les pratiquants de l'Ecole à la Maison, qui, tous, sont attentifs aux progrès que font leur enfants, jour après jour, et qui sont prêts à saisir chaque opportunité pour les faire encore progresser davantage.
Mais il pourra être utile pour tous les parents d'enfants un peu plus âgés, qui se rendent compte un peu plus chaque jour, que le cerveau de leurs enfants a été littéralement mutilé par les méthodes de décervelage des idéologues de la "Méthode Globale".
Et peut-être sera t-il encore temps de sauver ces naufragés du savoir, par la tendresse, la patience et l'application d'une méthode efficace.
L'avant-dernier chapitre est précisément celui qui intéresse au plus haut point ces parents, car il contient toutes les données qui vont leur permettre, si besoin est, de diagnostiquer ces troubles.

Chapitre 10 : Le diagnostic des troubles de type aphasiques

Voici venu le temps du diagnostic positif et différentiel.

Qui peut dépister ces troubles le plus tôt possible ?
Les médecins ..., les orthophonistes .... les enseignants, spécialisés ou non; ... enfin les parents, qui ont bien souvent une remarquable intuition pour suspecter la nature des difficultés de leurs enfants et les conduire à la bonne porte. ....

Le docteur Gelbert expose ensuite les différents cas, selon l'age des personnes concernées:
· entre trois et cinq ans, chez les enfants mutiques ou très mauvais parleurs.
· Au moment de l'apprentissage de la lecture.
· Après neuf ans.
· Chez les adultes.

Et le dernier chapitre, intitulé précisément "LIRE ET ECRIRE" est en quelque sorte la conclusion de cet ouvrage : où croyant savoir ce que lire veut dire, on découvre que lire n'est pas ce que l'on croit.

Lire, c'est pouvoir faire la correspondance son/graphie et le déchiffrage.
Déchiffrer c'est refaire la syllabe après en avoir extrait les phonèmes en les épelant, déchiffrer c'est rendre oralement de l'écrit ... Alors seulement, lire devient déchiffrer et comprendre.
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# Posté le mercredi 20 juin 2007 13:23

Modifié le mardi 09 octobre 2007 15:54

Bulletin Officiel de l'Education Nationale N°44 du 26/11/1998

ENSEIGNEMENTS ÉLÉMENTAIRE ET SECONDAIRE

Utilisation des évaluations nationales CE2 - 6ème : mise en place du "programme personnalisé d'aide et de progrès" pour la maîtrise des langages
CIRCULAIRE N°98-229 DU 18-11-1998

Texte adressé aux recteurs d'académie ; aux inspecteurs d'académie, directeurs des services départementaux de l'éducation nationale ; aux inspecteurs pédagogiques régionaux ; aux inspecteurs de l'éducation nationale ; aux principaux de collège ; aux directeurs d'école ; aux enseignants des écoles et de sixième.

I - De l'évaluation nationale au "programme personnalisé d'aide et de progrès"

L'évaluation nationale en début de CE2 et de 6ème est mise en place depuis la rentrée 1989. En rétablissant l'annualité de son rythme, j'ai voulu en renforcer l'utilité, en tant qu'outil de progrès scolaire et d'aide aux élèves rencontrant des difficultés. Cette année la priorité porte sur la qualité du diagnostic concernant les élèves en grande difficulté, voire même en situation d'illettrisme, sans bien évidemment affaiblir les actions en direction des autres élèves en difficulté.

1.1 Le diagnostic individuel

La phase d'évaluation et de constat doit être considérée comme un appui pour établir des diagnostics individuels puis mettre en œuvre une pédagogie différenciée et une aide personnalisée aux élèves qui en ont besoin, notamment ceux qui ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture (23,.4 % au CE2 et 14,9 % en 6ème) et en calcul (22,6 % au CE2 et 33,3 % en 6ème). Au-delà de ces moyennes nationales, ce qui compte c'est de tout faire pour améliorer les résultats individuels.

Pour faciliter ce diagnostic, il est souhaitable d'identifier les problèmes dont peut souffrir un enfant en grande difficulté, notamment les problèmes de santé et de maltraitance, les conflits familiaux, les situations de pauvreté. Les personnels de santé, les psychologues scolaires, les assistantes sociales doivent donc être associés à ce diagnostic, ainsi que les autres personnels non enseignants, notamment les conseillers principaux d'éducation, les surveillants, etc.

Un diagnostic juste et précis est en effet la première condition d'une bonne définition des actions à mettre en œuvre : l'identification de la dyslexie ne conduit pas aux mêmes types d'action que l'inappétence scolaire d'un enfant par exemple ou encore que le repérage de troubles neurologiques (cf. les travaux du docteur Gisèle Gelbert, par exemple).
Le rapport de l'élève au sens des contenus sera identifié car c'est un élément important du diagnostic qui permet de comprendre certaines difficultés d'apprentissage...

La ministre déléguée.
chargée de l'enseignement scolaire Ségolène ROYAL

Vous trouverez la suite sur : http://www.education.gouv.fr/bo/1998/44/ensel.htm
Bulletin Officiel de l'Education Nationale  N°44 du 26/11/1998
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# Posté le mercredi 20 juin 2007 13:15

Modifié le mardi 09 octobre 2007 17:42

Gisèle GELBERT par Caroline ELIACHEFF

Gisèle GELBERT par Caroline ELIACHEFF
Psychanalyste et pédopsychiatre réputée, Caroline Eliacheff a travaillé en collaboration avec Gisèle Gelbert et confirme l'efficacité de ses recherches et de sa méthode de rééducation.

Elle a d'ailleurs écrit la préface de son premier livre "Lire c'est vivre" et cite le travail de Gisèle Gelbert dans son livre "la Famille dans tous ses états" page 40 au chapitre "B.A.-B.A." chez Albin Michel en 2004.

Voici quelques extraits :

Pour fréquenter les enfants en difficulté scolaire depuis de fort nombreuses années, je voudrais dire une chose que personne ne semble vouloir entendre aujourd'hui : l'école ne peut pas tout. Il existe un pourcentage non négligeable d'enfants qui sont malades de la parole, de la lecture et de l'écriture. L'école ne peut pas les soigner car ce n'est pas de pédagogie qu'ils ont besoin. Quand les psys ou d'autres professionnels disent cela, l'Education nationale a vite fait de nous accuser de médicaliser ou de « psychologiser » le problème. En même temps, les enseignants du primaire sont les premiers à conseiller aux parents de consulter une orthophoniste ou un psychologue à la moindre difficulté...

L'orthophonie est une profession paramédicale.
Qu'elle soit exercée en libéral ou dans un centre, les parents doivent avoir l'ordonnance ou la prescription d'un médecin pour être remboursés ou y avoir accès.
La plupart des médecins, généralistes ou spécialistes de l'enfance, n'y connaissent pas grand-chose et régularisent la situation en rédigeant leur ordonnance sous la dictée de l'orthophoniste qui établit seul le diagnostic et la rééducation. .... En cas d'échec, ils n'ont d'autre ressource que de renvoyer l'enfant chez le médecin, de l'abandonner ou de persévérer des années sans aucun progrès notable.

Pendant des années, j'ai galéré avec ses enfants. Pas ceux qui avaient des problèmes psychologiques (car ils étaient de mon ressort et j'ai pu les tirer d'affaire), mais les autres : ceux qui voulaient apprendre en y mettant toute leur énergie sans y arriver, à leur grand désespoir. Au désespoir, aussi, de leurs parents et de leurs enseignants.

Et puis, j'ai fait une rencontre. Il y a une quinzaine d'années, deux enfants me préoccupaient particulièrement car je n'y comprenais rien.

En désespoir de cause, j'ai moi-même conduit ces deux enfants chez le docteur Gisèle GELBERT, neuroaphasiologue, spécialiste, à l'époque, des personnes âgées devenues aphasiques après un accident vasculaire cérébral.
Gisèle GELBERT s'est intéressée à ces enfants. Elle a changé leur vie mais ils ont aussi changé la sienne puisque, depuis, elle se consacre quasi exclusivement à eux.

Qu'à-t-elle découvert ? Que certains enfants souffrent de troubles de la parole, de la lecture et de l'écriture plus ou moins importants, associés ou isolés, qui ressemblent à ceux que présentent certaines personnes âgées. Mais sans que l'on trouve chez eux la moindre lésion cérébrale. Elle a observé, réfléchi et conçu non pas une technique mais un schéma – complexe – des fonctions linguistiques qui permet de repérer où se situe un trouble quand il se présente. Elle a ensuite imaginé – sur mesure, au cas par cas – un exercice linguistique permettant de restaurer ce que l'on peut par analogie appeler une lésion, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités thérapeutiques.

Grâce à son travail et aux personnes qu'elle a formées, des centaines d'enfants ont progressé. Ils sont issus de tous les milieux sociaux. Ils avaient tous été enseignés voire rééduqués par des personnes compétentes. Mais avec un bras cassé, le meilleur professeur de tennis ne vous fera jamais renvoyer une balle.

Ces enfants malades de la lecture et de l'écriture existent, il importe que les enseignants et les parents le sachent. Un diagnostic précoce – au cours préparatoire mais pas avant – et une rééducation adaptée améliorent le pronostic et évitent à l'enfant de se retrouver confronté à un échec scolaire psychologiquement destructeur.
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# Posté le vendredi 29 juin 2007 16:04

Modifié le mercredi 03 septembre 2008 15:44

Projet d'Accueil Individualisé

Projet d'Accueil Individualisé
P.A.I.

Il existe un dispositif simple pour organiser des aménagements de la scolarité des enfants souffrant de Troubles des Apprentissages, quand de petits aménagements suffisent et que la reconnaissance du handicap n'est pas indispensable : il s'agit de la circulaire n° 2003-135 du 8-9-2003 (encart du B.O. du 18-9-2003) sur l'Accueil des enfants et adolescents atteints de troubles de la santé évoluant sur une longue période dans les établissements d'enseignement public et privés sous contrat des premiers et second degrés (voir aussi " assistance pédagogique à domicile ").
Un modèle de PAI pour les troubles du langage est téléchargeable sur le site du Laboratoire Cognisciences.
Ce PAI est un simple contrat qui doit être signé par le médecin scolaire, le chef d'établissement et la famille (ainsi que par des membres de l'équipe éducative).

Vous trouverez la suite sur le site (gratuit) :

http://www.coridys.asso.fr/pages/juridique/pai.html
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# Posté le mardi 12 juin 2007 12:49

Modifié le dimanche 24 juin 2007 16:00